Centre Pompidou, Paris

MUSÉE NATIONAL D'ART MODERNE - CENTRE GEORGE POMPIDOU | Place Georges-Pompidou
F-75004 Paris

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Le Centre Pompidou présente un ensemble de peintures récentes et inédites de Marc Desgrandchamps dans un dispositif conçu par ce dernier, permettant un choix de lectures multiple de ses œuvres. Organisé en trois parties, le parcours révèle la continuité des thèmes et des motifs de la pratique picturale de l'artiste.

En peignant des corps fantomatiques et des objets morcelés dans des scènes au temps suspendu, Marc Desgrandchamps nous renvoie l'image troublante d'un monde au bord de l'implosion.

A travers des opérations successives de transformation de l'image, le travail de Marc Desgrandchamps ne cesse de questionner la spécificité du médium. Ses œuvres puisent dans des sources à la fois picturales, photographiques, cinématographiques, littéraires et musicales auxquelles l'artiste superpose des "bribes de mémoire" (Marc Desgrandchamps). Selon ses propres mots, il pratique "une peinture du doute, doute de la figure, doute de la présence, doute même de la peinture".

Jouant de l'opacité, de la transparence et de la surimpression, la composition précise et largement maîtrisée des peintures de Marc Desgrandchamps s'établit dans des couleurs sombres et intenses et des contours estompés qui produisent une atmosphère inquiétante. La fluidité de la matière, la géométrie de la composition, les "dégoulinures" concourent à donner aux êtres et aux choses une improbable matérialité. L'indétermination des plans et des formes dans l'espace constitue de fait la conséquence directe de cette manière de peindre.

Les œuvres de Marc Desgrandchamps donnent l'occasion d'une expérience visuelle en écho à l'histoire des formes. Le spectateur est ainsi invité à combler les vides et les ellipses, à reconstruire le récit qui se déroule hors champ.

Formes et figures indéterminées

En présence des œuvres de Marc Desgrandchamps, on est frappé par leur grande profondeur de champ, par une scène très vaste où transitent des motifs, parfois immatériels. Les représentations du corps font l'objet de mutations dans l'espace qui les rendent indéterminées. La distribution de couleurs fluides, transparentes et presque liquides envahit les formes et leur donne une apparence éclatée. Ocres et grises pour désigner les grands fonds, les couleurs sont plus vives pour souligner un détail, un aspect du corps ou du paysage, comme si l'artiste entendait transcrire pas à pas une représentation, une scène de genre avec une palette adaptée. Dans un certain nombre d'œuvres, les éléments figuratifs ne semblent pas faire partie intégrante de la composition, mais paraissent autonomes. Ils donnent l'impression d'être surajoutés ou en suspension dans l'espace pictural, rappelant un principe hérité de l'esthétique surréaliste. Ces figures, souvent dématérialisées, sont aussi l'occasion d'expériences visuelles, de confrontation et d'hommage à l'histoire des formes. Les fréquentes visites en Italie du peintre sont une source possible d'inspiration. Les diptyques suggérant piazzas et arcades évoquent l'ordre spatial de De Chirico. Le motif des oiseaux qui a envahi récemment ses vastes paysages semble suspendre le temps, et renvoie aux expériences chronophotographiques de Muybridge sur la décomposition du mouvement. L'évocation du corps féminin, si elle est en harmonie avec la nature, se détache du modèle d'origine, souvent à partir de photographies prises par l'artiste. Traitées dans des formes ramassées ou éclatées, les figures féminines sont saisies dans une simplicité toute matissienne. Les jambes et les pieds de ces corps anonymes prennent des proportions énormes et constituent un prolongement de la sexualité, comme l'avait suggéré Picasso dans les années 1970, avec Baigneur debout, 1971, ou La Pisseuse,1965.

Avec ces amalgames de formes indéterminées, "Marc Desgrandchamps, pour reprendre une remarque du critique Erik Verhagen, aime induire le spectateur en erreur, lui donner la confortable impression d'évoluer au sein d'un univers familier alors que d'imperceptibles décalages finissent par saper toute possibilité de repérage", offrant pourtant une liberté de lecture. "L'indétermination n'est pas le flou (…), il est de l'ordre de l'ellipse, de la brisure, du manque. Il abîme ou casse la représentation. Il déploie l'hétérogénéité à la surface de la toile", souligne l'artiste.

Couleurs du bleu

Les œuvres les plus récentes présentent dans leur partie supérieure d'importantes zones colorées d'un bleu intense. Ces zones qui paraissent travaillées séparément marquent un prolongement du tableau vers le lointain, mettant en valeur de possibles architectures de villes ou de reliefs montagneux. Au fil des œuvres, ces zones colorées se dilatent dans la surface et prennent de plus en plus d'espace. Nous en avons l'illustration dans un quadriptyque, Sans titre, de 2004, où la délimitation d'une zone en bleu qui figurerait un ciel très dense vient envahir le fond. Elle englobe en même temps une scène familière où apparaissent trois corps féminins. Cette intrusion réaliste, qui semble le thème du tableau, est en même temps contrariée par le traitement coloré. L'esquisse d'une partie du corps, le pied, n'est soulignée que par le serti des tongs, mince filet de rouge intense ou de blanc transparent. L'omniprésence du bleu a pour effet de rendre plus évanescents le modelé des personnages et leur consistance même. L'espace suggéré par le bleu est hors limite. Dans d'autres œuvres de Marc Desgrandchamps, l'espace de cette couleur se caractérise par une zone ouverte sur l'histoire et engendre une vision métaphorique. En s'engageant dans cette voie, l'artiste s'inscrit ainsi dans la continuité de l'histoire des formes et se détourne de brutales ruptures. À travers le choix du bleu, il rend un hommage indirect aux réunions bucoliques de Poussin sous le crépuscule, aux héros guerriers de Delacroix magnifiés dans une immense lumière bleutée, ou au bleu théorisé par Yves Klein.

Commissaires / organisateurs: Mnam/Cci - Jean-Pierre Bordaz

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Marc Desgrandchamps
Kurator: Jean-Pierre Bordaz