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Emportés par la foule qui nous traîne… et le flot sans effort nous pousse, enchaînés l'un et l'autre, et nous laisse épanouis, enivrés et heureux…

C’est certain, Pierre Ardouvin a le goût du gag et du décalage, et ses œuvres font de prime abord facilement sourire… ou grincer des dents ! Ensuite, qu’il s’agisse d’installations, de sculptures ou de dessins, elles dégagent rapidement un sentiment de familiarité. Elles font embrayer sur la mémoire, tant les éléments qui les composent ont des allures d’indices. Elles reproduisent à l’échelle 1, avec des éléments du réel, des situations et des paysages à la fois fictifs et intuitivement reconnus. Elles s’approprient des espaces et détournent des objets, mais placent toujours le visiteur en terrain connu. Elles le prennent par l’intime, l’invitent à se projeter mentalement et en confiance dans d’attrayantes scénographies. Empreintes de la fraîcheur d’un vieux dessin animé, elles sont comme une mascarade de souvenirs d’enfance filmés en super 8.

Du passé, ces œuvres n’ont pourtant que l’air, car les éléments qui les composent sont plutôt des signes d’un quotidien bien présent, ou à peine daté. C’est notre propre culture collective et populaire que ces œuvres transposent en décors et en anecdotes, qu’elles invitent à regarder comme les reliefs d’une époque récente. Pierre Ardouvin transforme notre vie de tous les jours en mémoire collective, avec ses micro-événements et ses habitudes. En la faisant basculer dans un passé proche, il fait de notre modernité un théâtre ironique, d’où se dégage un sentiment inconfortable de désillusion. Pierre Ardouvin appartient d’ailleurs à cette génération d’artistes nourrie de culture rock et des utopies des années 60 et 70. Il construit, frondeur, ses œuvres par jeux de réaction et d’interaction avec le contexte de la société actuelle.

Pour son exposition à Sélestat, il a conçu une nouvelle installation intitulée La Foule. Adaptée à l’espace d’exposition et produite par le Frac Alsace, elle condense les temps, les souvenirs et les références : images d’une tempête, de forêts dévastées, du passage d’un cataclysme… relents de route des vacances et de voyages en caravane… atmosphère de drame, parcours interrompu, accident, destination jamais atteinte… mais aussi clin d’œil à Robinson Crusoé sur son île, une île dérisoire et cocasse, une chanson d’Édith Piaf en boucle, remixée électro… À l’extérieur du bâtiment, une autre œuvre, une banderole, message personnel à l’adresse du passant, l’espace privé envahit l’espace public… clins d’œil à Louis de Funès et à Mon Oncle, à la comédie de boulevard et aux bouleversements climatiques. L’œuvre de Pierre Ardouvin se conçoit ainsi, comme une fabrique de l’image, une image déclinée dans tous ses états et dans toute sa panoplie. Usant de la fiction, de l’humour, condensant le temps et le synthétisant avec l’espace, travaillant sur la capacité d’une image à être réactivée, l’artiste fait tour à tour référence à la photographie, au dessin animé ou au cinéma. Dans son souci de transmission et de commentaire de l’héritage moderne, Pierre Ardouvin en convoque toute la culture visuelle. Il active les articulations entre image et mémoire, entre image et émotion.

That’s all Folks ! Olivier Grasser

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Pierre Ardouvin
La foule